Coachable.
Il arrive que nous demandions le changement et que nous le refusions dans le même geste. Nous l'avons voulu, nommé, parfois payé ; nous avons pris rendez-vous avec quelqu'un dont le métier est de l'accélérer, et nous voilà assis face à lui, prêts à tout entendre, sauf ce qui nous obligerait à bouger.
Être coachable, c'est être capable de mettre en œuvre le changement que quelque chose exige de nous. Parfois c'est une situation qui l'impose : un poste, une échéance. Parfois c'est notre entourage, professionnel ou intime, qui le demande. Et parfois c'est nous-mêmes qui le souhaitons, ce qui devrait tout simplifier et qui, pourtant, complique souvent tout.
Nous venons alors chercher le changement comme si entendre et converser suffisaient, comme si cela pouvait tenir lieu de geste. Les cinq minutes de respiration quotidienne ? Pas le temps. L'outil à travailler entre deux séances ? Oublié dès le lendemain. Et ce « oui, mais », prononcé ou seulement pensé, referme la porte avant même que nous ayons essayé.
Plus profondément, nous voulons bien être accompagnés, à condition d'être confirmés : dans nos attitudes, dans nos raisonnements, dans ces schémas si familiers qu'ils ont fini par nous sembler être nous. Le coach devient alors un témoin que nous voudrions assermenter, pour qu'il constate avec nous que l'autre a mal agi, que le contexte était contre nous, que nous n'avons pas eu de chance. Il n'y a là, la plupart du temps, aucune mauvaise foi, seulement une protection : tant que la cause se trouve ailleurs, rien en nous n'a besoin de bouger.
Le changement que nous avons demandé, du reste, se présente rarement sous la forme que nous avions imaginée. Nous le voulions spectaculaire, il arrive modeste ; nous l'attendions de l'extérieur, il nous revient entre les mains. C'est souvent à cet endroit que l'élan retombe, et que le « je veux changer » laisse entendre ce qu'il taisait : je veux un autre résultat, à condition de rester le même.
Être coachable demande donc quelque chose de plus rare que la bonne volonté : consentir à ce que ce soit nous qui bougions. Cela se voit à peu de chose : arriver avec une question plutôt qu'avec un verdict, essayer avant de juger, répéter les gestes invisibles et, lorsque nous n'avons pas fait ce qui était convenu, le dire, sans le maquiller en manque de temps. Parfois, un seul mot suffit à rouvrir la porte : « oui, mais je n'ai pas le temps » clôt la discussion ; « oui, et je n'ai pas le temps » ouvre un problème à résoudre.
Le travail du coach est de rendre le changement visible et praticable ; le faire reste à nous.
Aucune méthode, aussi juste soit-elle, ne travaille à notre place.
Elle accroche ou elle glisse, et ce qui en décide ne se trouve pas en elle : c'est la place que nous lui faisons, séance après séance, dans ce qui nous coûte.
Être coachable,
c'est accepter d'être dérangé.