Own your story.
Il y a les faits, et il y a la façon dont nous les racontons. Les faits ne se choisissent pas toujours ; le récit, lui, peut se reprendre. Entre les deux se tient l'interprétation : l'angle que nous prenons, la place d'où nous regardons, le sens que nous donnons à ce qui arrive. Raconter une situation, c'est déjà prendre position sur elle.
Own your story, c'est assumer ce choix. Reconnaître que, face à un même contexte, plusieurs récits sont possibles, et décider lequel nous faisons nôtre. Ce choix n'a rien d'un détail de langage. Le récit que nous faisons d'une situation dessine les options que nous y voyons : il ouvre des chemins ou il les ferme, il nous met en mouvement ou il nous immobilise. Choisir son récit, c'est choisir aussi sa manière d'agir.
Raconter, ou laisser raconter.
Aucune situation n'échappe au récit. Si nous ne le prenons pas en charge, d'autres le font à notre place : ce que l'on nous dit, ce que l'on entend, ce que les circonstances semblent imposer. Laisser raconter paraît plus confortable ; c'est une double perte. Nous y perdons la responsabilité de notre histoire, et avec elle le pouvoir de la faire évoluer. Reprendre le récit, à l'inverse, c'est reprendre la responsabilité, et c'est elle qui rend l'action possible. On n'agit pas sur une histoire dont on refuse d'être l'auteur.
Tout n'est pas à nous.
Nos circonstances écrivent les événements de notre vie ; elles n'en écrivent pas le récit. Les faits ne se négocient pas, et les nier serait une erreur, pas un courage. S'approprier son histoire ne consiste donc pas à se raconter ce qui nous arrange. Un même fait supporte plusieurs récits vrais : nous n'avons pas besoin de mentir pour choisir. Il nous reste à chercher, parmi les lectures qui tiennent face au réel, celle qui nous laisse une marge d'action plutôt que celle qui nous la retire. Ni déni, ni fiction : une perspective choisie en conscience.
Et le narrateur répond de ce qu'il raconte.
Attendre que les autres changent, c'est leur confier la plume.
Nous voudrions souvent que l'histoire se corrige d'elle-même, que les autres changent de rôle pour que le nôtre change enfin. Mais une histoire ne se transforme pas en attendant que ses personnages bougent ; elle bouge par celui qui la raconte. Le seul personnage que le narrateur peut déplacer lui-même, c'est le sien. Ce n'est pas contre les autres, et ce n'est jamais sans eux : bien souvent, c'est la place que nous prenons, bien plus que ce que nous demandons, qui met un entourage en mouvement.
S'approprier son histoire ne se décide pas une fois pour toutes. Cela se rejoue à chaque situation, chaque fois qu'un récit est possible et qu'il faut choisir entre le porter et le laisser à d'autres. Personne ne le fera à notre place : c'est la mauvaise nouvelle, et c'est la bonne.
Own your story.
Même sous pression.